Arno Viandier

Ils travaillent pendant des semaines dans l’ombre pour mettre en lumière ces spectacles qu’on aime tant regarder. Aujourd’hui, c’est Arno Viandier qui se présente à vous : Qui est-il, que fait-il ? Les réponses se trouvent dans les lignes ci dessous 😉

NR : Bonjour Arno, peux-tu te présenter ?

AV : Bonjour à tous. Je me présente Arno Viandier avec déjà 53 printemps au compteur, résidant dans le vexin normand.

NR : Que fais-tu dans la vie ?

AV : Je suis un Show Control Designer, c’est à dire que je conçois des systèmes d’automatisation pour les spectacles, les musées, les parc d’attraction. En fait, mon job c’est que les effets lumineux, les effets spéciaux, la vidéo, la musique, la machinerie fonctionnent en synchro par rapport au scénario du show. Mon job m’amène à voyager aux 4 coins de la planète. En parallèle de ça, je suis également formateur pour le compte d’un fabricant de solution de Show Control. J’assure ces formations aussi bien en Français qu’en Anglais, en France ou ailleurs.

NR : Comment occupes-tu cette trêve de course forcée ?

AV : Comme tout le monde, je patiente en attendant le drapeau vert. J’ai mis en place un petit quiz basé sur la réglementation et les drapeaux en fonction du type de compétition, il est accessible sur le site web axions-sport.org. Sinon rien d’original, jardin, bricolage, cuisine…

NR : Quel rôle occupes-tu dans le monde du sport automobile ?

AV : J’ai une licence de Chef de Poste Circuit, à ce titre j’occupe la fonction de Chef de Poste sur le circuit des 24H du Mans ainsi que sur le circuit de Spa Francorchamps. Cela ne m’empêche pas d’officier comme commissaire sur les rallyes. En course de côte généralement, on me place en pré-grille, je suis reconnaissable grâce à mon chapeau. C’est moi le Marshall de la pré-grille. J’œuvre également comme responsable commissaire sur une dizaine d’épreuves en Normandie, la plus importante étant le Rallye de Dieppe avec plus d’une centaine de commissaires à gérer. Je suis également membre de Rallye’n Caux, l’organisateur du Rallye du Pays de Caux – Ville de Lillebonne. Je m’occupe de l’informatique pour les classements du rallye ainsi que du site web de l’épreuve. Et depuis quelques années, j’ai été désigné responsable commissaires par la ligue de Normandie.

NR : Depuis combien de temps es-tu impliqué dans ce milieu ?

AV : Je devrai dire comme Obélix, je suis tombé dedans à ma naissance ou presque. Mes parents m’ont raconté que j’ai participé à mon premier rallye dans un couffin à l’arrière de la R8 lors du rallye d’Elbeuf, je devais avoir 2 ou 3 ans. Je vous rassure il s’agissait à l’époque de rallye cartographique, il n’y avait pas de spéciale chronométrée. Ensuite, lorsque j’avais une dizaine d’années, j’ai commencé à accompagner mon père qui était commissaire. J’ai pris ma première licence de commissaire en 1989, étrennée à l’occasion de la course de côte de Gisors.

NR : Qu’est-ce qui t’en as donné l’envie de rentrer dans cet univers ?

AV : Sans aucune hésitation, les 24H du Mans et la volonté de faire partie de événement de manière active. Ne pouvant pas être sur la piste, j’ai opté pour le bord de piste et assurer la sécurité des concurrents.

NR : Quelle sont les 3 plus belles épreuves auxquelles tu as pu participer dans ta vie ?

AV : C’est une question plutôt difficile, il y en a tellement en plus de 40 ans… En numéro 1, sans conteste, c’est les 24H de Spa Francorchamps 2001. Première édition de l’ére GT et une démonstration de pilotage sous la pluie (il pleut rarement à Spa…) faite par Sébastien Bourdais à bord d’une Dodge Viper GTS-R engagée par Larbre Compétition. L’auto avait pris le départ depuis les stands pour finir en seconde position. Sans un souci en milieu de matinée, ils auraient peut être pu prétendre à la victoire, tellement Sébastien semblait surclasser tout le monde sur la piste. En second, les 24H du Mans 1982 : j’ai pas particulièrement de souvenir de la course, mais l’émotion que j’avais ressenti en découvrant la nouvelle Porsche 956 aux couleurs Rothmans. C’était le début de l’ére du groupe C, ensuite viendront les Jaguars XJR9 et XJR12 et bien sur toute l’épopée Mazda avec son moteur rotatif jusqu’à leur victoire en 1991. En trois, la finale du Trophée Andros au Stade de France en 2004, être au milieu du stade avec plus de 50 000 personnes qui chantent, hurlent ou applaudissent c’est magique ! Aprés d’être sur la glace en pleine piste pour faire stopper les autos une fois le damier abaissé, c’est parfois limite. J’ai failli faire un tour de stade sur le capot d’Alain Prost. Après, je pourrai en ajouter d’autre comme le WRC en Alsace, le FIA GT à Magnycours, etc.

NR : Quel est ton plus beau souvenir de 2019 ?

AV : Il est double mais au même endroit: Goodwood. la découverte de l’année avec le Festival of Speed en juillet puis le Revival en septembre. J’ai eu la chance de pouvoir officier en qualité de commissaire sur ces 2 épreuves. Un seul mot en ressort :extraordinaire.

NR: En parlant de tes souvenirs, que peux-tu nous dire sur tes souvenirs avec Aventure’n Caux ?

AV: La genèse d’Aventure’n Caux est venue en 2012 lors d’une de ces soirées passées sur les épreuves, certains membres de Rallye’n Caux ont exprimé le désir de découvrir autre chose. Il y avait l’envie de vivre l’aventure du Dakar, de tenter l’expérience du sable et du désert, à l’image du 4L Trophy. Après quelques recherches, l’option du 205 Trophée a été retenue. Le concept de ce raid humanitaire est de parcourir le Maroc en empruntant majoritairement les pistes avec un lieu de bivouac différent tous les soirs. Donc après la création d’Aventure’n Caux en 2013, la première 205 « raid » a été mise en chantier, une partie du financement est venue de la famille, des amis, chacun pouvant apposer un rond de couleur avec un message personnel sur la voiture. Le premier équipage a tenté l’aventure en 2014, fut Olivier Mallard et Fred Crespin. A leur retour, il n’avaient qu’une seule envie: repartir. Il aura fallu 2 années pour mettre au point 2 nouvelles 205 et apporter les modifications à la rescapé de 2014. C’est 3 équipages en 2016 qui prennent la direction du Pays Basque pour les vérifications du 205 Trophée. Les représentants Aventure’n Caux sont cette année là, sur la 205 Aston: Fred et Jenny, sur la 205 de 2014: Olivier et moi même et enfin sur la 205 Gordini; Jean Michel Leclerc et Christophe Lorenzo. Nous avons parcouru un peu plus de 7200 km en partant de Gravenchon via Bidard, le sud de l’Espagne, le Maroc et retour toujours par la route jusqu’à la maison. A l’aller, nous sommes parti avec des 205 pleine à raz bord de matériel médical, scolaire. L’ensemble de cette aide humanitaire a été livré aux associations la ville de Figid au Maroc. Le principe du 205 Trophée est d’apporté du matériel qui manque cruellement aux populations des zones désertiques du Maroc. Ce raid n’est pas une course, il n’y a pas de chronomètre, c’est une course d’orientation, comme l’était les rallyes cartographiques dans les années 60/70. A chaque matin, on reçoit le roadbook de l’étape du jour avec la localisation des CP et des pièges sur la piste. Une fois le départ franchi, commence une longue journée à suivre les indications du GPS, à décrypter la piste, éviter les grosses pierres ou la langue de sable mou synonyme de longues minutes à désensabler la 205. La récompense après avoir rallier le bivouac et soigner les plaies sur l’auto, c’est l’apéro au milieu de paysage extraordinaire en se remémorant tous les autres traversés durant la journée. C’est encore 2 longues années qui s’écoulent pour les équipages Aventure’n Caux avant de reprendre la direction des pistes. Cette fois c’est 6 équipages qui prennent le départ, on retrouve Fred et Jenny, Jean-Michel et Christophe comme en 2016, Olivier copiloté par sa fille Clementine entreprend son 3éme raid toujours avec la même auto, Je fais équipe avec Blanquette à bord d’une 205 fraîchement terminée. Nous nous rejoint dans l’aventure 2 autres 205 pour Nicolas/Emeline et Henri/Sandrine. Le raid 2018 se déroule bien pour tous avec diverses fortunes. L’objectif au retour était de reprendre le départ du 205 Trophée en 2020. Ce projet n’a pas vu le jour lorsque le raid 2020 a été programmé sur la seconde quinzaine du mois de Mars 2020 au lieu de début Avril comme les éditions précédentes. Le mois de Mars pour nous étant consacré à l’organisation du Rallye du Pays de Caux – Ville de LIllebonne. Une partie de l’équipe ne pouvant se résoudre à ne pas parcourir les pistes marocaines et souhaitant avoir une autre approche de l’aide humanitaire, ont décidé de monter notre propre raid Aventure’n Caux. Tout était en place, Fred/Jenny, Olivier/Clementine, Jean-Michel/Madeline devait prendre la direction du sud une fois libéré le parc fermé du Rallye du Pays de Caux – Ville de Lillebonne. La crise sanitaire mondiale que nous traversons depuis le début de l’année a mis en stand-by cette nouvelle aventure. C’est sans trop me mouiller que je peux dire que cela devrait se faire en 2021 et avec peut être plus d’autos. Vous souhaitez avoir plus d’infos ou mieux nous apporter votre aide, rendez-vous sur la page Facebook d’Aventure’n Caux.

https://www.facebook.com/Aventure-n-caux-431318440317938/

NR : Sur quelles épreuves pourrons-nous te voir ?

AV : Une fois que le feu passera au vert au bout de la Pitlane, ma saison devrait reprendre par l’ELMS et le WEC sur le circuit Belge de Spa-Francorchamps. Ensuite au programme il devrait y avoir la course de côte Etretat, le Goodwood Revival, Les 24h du Mans, Envermeu,Pont d’Audemer, les 24H de Spa, le rallye Tout-terrain Plaines & Vallées et Ponpon, sous réserve bien évidemment en fonction des conséquence du COVID-19.

NR : Quelle épreuve est ton épreuve préférée, et quelle est la course à laquelle tu aimerais le plus prendre part ?

AV : Mon épreuve incontournable est sans aucune hésitation les 24H du Mans. J’y assiste sans interruption depuis 1979. Après avoir débuté au Dunlop en 1989, je suis le chef du poste 28/29 depuis 2015 avec une équipe de 45 commissaires venant principalement de Normandie mais aussi du Danemark. On peut dire que ce poste situé avant les virages Porsche est un camp viking. Ensuite parmi les épreuves que j’aimerai ajouter à mon palmarès, je dirais le super Sebring (les 12H IMSA + les 1000 miles WEC), les 24H de Dubai ou les 6H de Fuji. Mais bon j’ai déjà entre 25 et 30 épreuves à mon calendrier chaque année et à moins de trouver un généreux sponsor, il faut pas oublier que les officiels sont bénévoles et les billets d’avion ne sont gratuits.

NR : Explique-nous en quoi consiste la tâche de responsable des commissaires.

AV : Mon rôle principal en qualité de responsable régional des commissaires est de faire la liaison entre les organisateurs et les commissaires. Lorsqu’un organisateur me transmet une demande de participation, je la diffuse à l’ensemble des commissaires de Normandie ainsi qu’aux commissaires des ligues voisines habitués à venir officier chez nous. Cela représente environ 300 mails à chaque fois. J’ai également la charge de la formation théorique des commissaires lors des séminaires d’inter-saison. Ensuite sur le terrain, c’est en premier lieu prendre en charge l’implantation des commissaires en poste, réviser sur place l’affectation de chacun en fonction des absences ou des modifications du parcours (nouvel itinéraire, ajout d’un PK, renforcement d’une zone publique, …). C’est aussi la gestion du matériel mis à disposition (Extincteurs, Radio). Il y a également l’intendance (plateau repas, chambre d’hôtel, …). Sur les épreuves dont j’ai la responsabilité, je m’attache à être présent lors de l’accueil avant l’épreuve ou lors du retour du matériel en fin d’épreuve si il y a plusieurs lieux de convocation. Sur les rallyes, j’essaie dans la mesure du possible de faire le tour des postes afin de m’assurer que tout le monde peut faire son travail dans les meilleures conditions possibles. Pour moi, lorsque j’ai la responsabilité d’une épreuve, celle-ci débute plusieurs semaines avant le passage de la voiture tricolore.

NR : Que penses-tu de la situation des commissaires (conditions de formations/ « travail ») ?

AV : La situation des commissaires est préoccupante principalement à cause du vieillissement des officiels. Il y a un faible taux de jeunes qui prennent ou conservent une licence. Mais je dirais que cela ne concerne pas uniquement le sport auto, c’est plus général. C’est sur l’ensemble du bénévolat en France. Lorsqu’un spectateur jeune ou moins jeune nous interroge sur la fonction de commissaire, il y a toujours un moment où la question de la rémunération arrive. Et tout d’un coup l’envie retombe lorsque l’on prononce le mot bénévole. Ce qui rend la mission reboutante pour certains, c’est la gestion du public principalement sur les rallyes. C’est sans doute l’une cause de l’abandon de licence avec les raisons professionnelles et familiales. C’est pourquoi d’autres préfèrent privilégier les épreuves sur circuit (asphalte ou terre), le public étant cantonné derrière une enceinte grillagée. Pour ce qui concerne la formation, nous avons de grosses lacunes en Normandie. L’absence de structures tel qu’un circuit ne nous permet pas d’organiser des ateliers pratiques comme cela peut se faire au Mans ou à Croix en Ternois. J’aimerais pouvoir organiser des sessions pour la gestion des incendies, la prise en charge d’un véhicule suite à une sortie de route… Les commissaires qui vont officier sur les circuits hors de notre ligue, peuvent bénéficier de ce type d’apprentissage en condition réelle lors d’un meeting avec le soutien de leur chef de poste. Malheureusement ces conditions ne sont pas réunies lors d’un rallye ou d’une course de côte.

NR : Aurais-tu des conseils à donner aux spectateurs pour faciliter la tâche des commissaires ?

AV : Il n’y en a qu’un seul qui est le même que celui qui est constamment rappelé à longueur de journée depuis le début cette crise sanitaire que nous traversons: RESPECTONS LES CONSIGNES. J’ajouterai nous sommes tous présents sur une course pour profiter du spectacle offert par les concurrents, alors restons courtois et passons un agréable moment ensemble.

NR : Allez dernière question bonus, selon toi, quelle est la meilleure classe du sport automobile ?

AV : Là aussi, il y a pas photo. C’est le groupe C bien évidemment. ensuite pour les compétitions modernes les GTE/GT3 en attendant de voir ce que vont nous offrir les nouvelles Le Mans Hypercar et Le Mans Daytona Hybride.

NR : Et pour conclure, souhaites-tu adresser un message ou d’éventuels remerciements ?

AV : Pour qu’une course automobile se déroule, il faut des concurrents mais aussi des officiels, des services de secours. Le public et parfois aussi certains concurrents oublient que les commissaires en place sur le bord de la route sont là pour assurer la sécurité de tous. Merci de les respecter et suivre leurs consignes. Amis pilotes, la présentation d’un drapeau jaune ou rouge signifie qu’il y a un danger qui va se présenter devant vous. Alors adaptez votre conduite. Je tiens en premier lieu à remercier l’ensemble des organisateurs qui me font confiance en qualité de responsable commissaires, à tous les commissaires de France et qui d’ailleurs répondent présent à mes sollicitations, à l’ensemble des concurrents de course de côte qui doivent subir ma rigueur en pré-grille. Un remerciement tout particulier aux membres de Rallye’n Caux avec lesquels on partage de si bons moments tout au long de l’année. Merci à Olivier, Sébastien, Bruno, Ti’Fred, Jenny, Guillaume pour leur soutien depuis de si nombreuses années dans mes challenges parfois un peu hasardeux. Enfin merci à Normandie Rallye pour me permettre de m’exprimer sur notre passion commune. Continuez comme ça, vous faites un super boulot, à bientôt sur le bord de la piste.

PS: Yohann, cette interview a été réalisée sans filtres, ni retouches…. 😉

NR : Un grand merci à toi Arno, à très vite ! Chers lecteurs, on se retrouve dans 2 semaines, même jour, même heure pour une prochaine interview ; et d’ici là, soyez prudents 😉

Interview réalisée par Yohann Lagnel

Un grand merci aux personnes qui ont fourni des photos et qui ont souhaité rester anonyme